Le Ventouxman

Ventouxman - Patrice Cotty court Récit de course Ventouxman 4 juin 2017
par Patrice Cotty

Grimper le Ventoux ! Un rêve de gosse et… d’adulte. Monter cette montagne si étrange dont on dit qu’elle est si difficile. J’ai du mal à croire que ce soit si difficile, quand je regarde le profil, je me dis que çà doit aller. Et puis si je ne l’ai jamais grimpé en vrai, je l’ai fait sur mon home trainer connecté à la tablette cet hiver, je n’ai pas souffert tant que çà. Tiens t’as qu’à croire !!!

Je m’étais fixé comme objectif pour la saison 2017 de faire le Ventouxman, finalement cet objectif est devenu une étape de la préparation pour l’Altriman.

On a profité de la course pour passer un WE à deux sans les enfants. Départ le vendredi matin (course le dimanche). J’ai par miracle trouvé une chambre d’hôte à Piolenc, le village de départ (les Santolines Top si certains sont intéressés). Dans un premier temps j’avais pensé y aller seul. Ça m’aurait obligé à prendre une piaule au Ventoux, à prendre un car là-bas à 4h30 le jour de la course avec un système de navette qui m’aurait crevé avant même d’avoir fait la course. Là on va dormir à Piolenc à 4 km du lac. J’irai en voiture le matin de la course. Julie ira récupérer la voiture dans la matinée pour ensuite me rejoindre au mont Serein (la station de ski à côté du Ventoux).

On arrive le vendredi à 17h il n’y a que 6h de route. On pose les affaires et je pars au lac pour faire une petite natation 40 minutes. Je n’ai pas de montre et fais un tour presque complet ; l’eau est claire, pas si chaude que çà, en tout cas pas au point de ne pas avoir les 24° fatidiques qui interdiraient de mettre la combinaison. Des gars sont en train d’installer le parc à vélo.

Le samedi matin je pars rouler une heure après le p’tit-dèj. C’est plat. Il y a un peu de vent de côté. Je suis le parcours de la course pendant 14 km ; pas de montre j’ai l’impression de ne pas avancer à l’aller mais je me rend compte que c’est un faux plat montant, donc normal. Je suis vigilant à ne pas trop appuyer et plutôt à tourner les jambes. Au retour çà va beaucoup plus vite, j’apprécie mes roues toutes neuves. Je passe par Piolenc, il est 10h30 j’attends 11h pour récupérer dossard puce de course, GPS de traçage (option que j’ai prise pour qu’on puisse me suivre pendant la course, aucun intérêt je trouve, en plus pas simple à faire marcher -Julie sans réseau a eu du mal à me suivre).

Je rentre à la chambre prépare tout çà notamment le sac de transition T2 (vélo course à pieds) qui sera amené au mont Serein par l’organisation. Julie arrive, nous partons déposer le vélo au parc et le sac pour T2.

Après le déjeuner, sieste d’une heure, j’arrive à bien dormir. On part ensuite en voiture visiter le coin c’est magnifique on va aux dentelles de Montmirail posons la voiture a un petit village : le Barroux, c’est super joli. Aller 18h00, on rentre je me fais des pâtes à la bolognaise, au lit à 9h30, réveil à 5h00. Je pose mon bouquin à 10h00, arrive très facilement à m’endormir en repensant à chaque étape du matin. Je refais la check liste de ce que j’ai à faire, tout à l’air ok. J’ouvre un œil à 4h30 me rendors et suis réveillé par le réveil à 5h00. Je me lève vais mettre mon gatosport à cuire au micro-ondes. Première frustration, je me bagarre avec le tatouage qui ne veut pas rester imprimé sur la peau. Finalement je comprends qu’il faut mettre de l’eau dessus une fois qui est disposé et ensuite en le retirant, le numéro 260 reste. Ouf !! Je finis mon gâteau prends ma caisse avec tout le bazar et go.

Arrivée au parking à 1km du point de départ je me speede un peu suis plus tard que d’habitude (il est 6h, départ dans l’eau à 7h15). Croise Ema Poley (je crois) une favorite qui se fait déposer et part en courant vers le lieu de départ son sac sous le bras (çà fait drôle et pas super pro mais en même temps çà humanise aussi). C’est elle qui va gagner la course femme.

Je marche mais accélère le pas il fait bon j’ai pris soin de prendre la météo il va fait frais en haut du Ventoux du coup j’ai pris le coupe vent sans manches et les manchettes. Je suis toujours bien et serein. Je rentre dans le parc, Yoann l’autre futur(?) Ventouxman de l’Aviron n’est pas là, l’organisateur ne nous a pas mis ensemble par club, c’est un peu con. Je me retrouve seul dans le parc. Personne avec qui parler pour évacuer la douce tension qui monte quand même un peu. Je pose mes affaires, installe mon vélo enfile ma combi. Je vais vers le plan d’eau il est 6h55 j’ai le bonnet et les lunettes et vais faire quelques longueurs. Le speaker annonce que le départ est retardé d’1/4 d’heure. Je rejoins le bord les filles partent puis les pros, je me remets à l’eau elle est bonne et propre Il y a plein de gars 50m au-dessus de la ligne voir 100m du coup je suis un peu. On est 800 dans l’eau assez bien étalés mais quand même çà fait du monde. 5, 4, 3, 2, 1 go c’est parti je n’ai pas de montre (la mienne est en panne j’ai récupéré mon ancienne qui n’est pas étanche). Je commence à nager, contrairement à Lacanau j’ai l’impression d’être concerné. On est face au soleil, impossible de voir où on va, je suis le mouvement. C’est très dense au point qu’il y a un gars qui me passe réellement dessus plus que de me mettre en colère ça me fait sourire. A ouais quand même ! Ça bouge sévère. Comme d’habitude il faut que je sois attentif à être concentré sur ma nage tranquillement et ne pas me laisser prendre par le stress et l’agitation de ce qui m’entoure au risque de perdre mon souffle et de suffoquer… Je nage à mon rythme tout de suite, même si c’est dense. Par contre contrairement à d’habitude ça ne va pas trop se décanter et jusqu’à la 3è bouée (1300m) çà va rester très dense. Je n’ai pas de repère pour vérifier mon rythme, je ne suis pas fatigué mais ne cherche pas à accélérer pour garder de l’énergie pour la suite (ce n’est pas là qu’on est à 3 minutes que je paierai très cher après -je garde en tête Sireuil 2015 une de mes pires performances en long où je m’étais efforcé de faire une natation pour une fois sérieuse-). Le moment où on sort de l’eau est toujours un bon moment on se retrouve à la verticale on ressent la fraicheur de la combi de l’eau. Je me dirige vers mon vélo (ce coup-ci j’ai eu le droit de laisser ma veste sur le guidon ce qui m’avait été interdit à Lacanau c’est chiant ces règles qui varient quand même beaucoup d’une course à l’autre…). Je me change tranquillement mais sans perdre de temps (le gars qui est à côté de moi va prendre deux fois plus de temps surement. Ça vaut le coup de s’être fait chier à la piscine tout l’hiver et nagé vite pendant la course si c’est pour perdre les deux trois minutes laborieusement gagnées dans l’eau en transition).

Ventouxman - Patrice Cotty à véloAller je monte sur le vélo, passe à côté de Yoann que je n’avais pas vu qui sort de l’eau et vient d’enlever sa combi. On s’encourage et go !!! Pareil les gens vont en marchant tranquillement vers la sortie du parc, là encore ce sont des secondes faciles à ne pas perdre qui s’envolent. Pfff ! pas grave mais bon ! Je monte sur le vélo (pour une fois j’avais déjà mis mes chaussures). C’est parti pour 65 bornes de plat. C’est cool je roule bien à 33 je crois. Mes roues sont super agréables, je suis bien posé sur le prolongateur. Finalement c’était cohérent de faire Lacanau pour être bien posé à plat pendant longtemps avant de se lancer dans la montée du géant. J’arrive à bien rouler pendant 40 bornes. La météo avait prévu du vent de côté, finalement çà va et on a une longue partie avec le vent carrément dans le dos. Au bout de 50 je commence à en avoir marre du plat je commence à me déconcentrer roule moins fort moins concentré, par moments je laisse clairement baisser le rythme (plusieurs moments où je descends à 140-144 alors que jusqu’à présent j’étais bien à 150-155…). Yoann me rattrape en faux plat montant. Je le redouble sur une partie un peu descendante. Il me redouble ensuite je ne le reverrai pas sur le vélo. Enfin une première bosse à plus 10% pendant 1-2 km je monte pas mal. Même si pas grand monde autour pour me comparer. Hop ! Ça passe descente et on arrive (enfin) à Bédouin. On passe sur un tapis de chronométrage les choses sérieuses commencent on est dans la montée, c’est parti pour 2h de grimpette. Je reconnais les premiers moments de la montée vus à la télé en regardant le tour de France. J’ai un peu de mal à suivre le rythme de certains, le cardio monte vite à 160-162. Après les premiers virages la pente monte à plus de 10% à vue de nez. Rapidement je mets le grand pignon (34×32…). Ça me sape le moral parce que je pensais ne pas en avoir besoin. Je commence à psychoter en pensant à l’Altriman et me dis que si je suis obligé de tout mettre à gauche ici, clairement je vais être à la rue aux Angles. Ça remet tout en question. La pente devient de plus en plus raide je suis à 7km/h par moments (ce n’est pas avec un telle vitesse que je serai à l’heure aux barrières horaires dans un mois…) mais suis attentif à ne pas monter au-dessus de 163 pulsations). Je poursuis ma montée c’est long. Il y a plein de monde. Il y a des gars qui ont des dossards d’une autre course surement une cyclosportive. Il y a plein de cyclo touristes mais aussi des cyclistes super forts qui vont deux (trois ?) fois plus vite que moi. C’est assez sympa même si les voitures de certains accompagnants peuvent être gênantes. Au bout d’une heure trente de montée on arrive au Chalet Reynard ravito de montée je prends au vol un bidon. Cool la pente est moins forte, j’arrive même à passer le grand plateau. Pendant qu’il y en a qui profitent pour récupérer, j’en profite pour en rattraper beaucoup qui m’ont doublé en début d’ascension. Benoit qui m’avait super bien Briefé (un grand merci !) m’avait dit fais gaffe c’est pas parce que tu es au chalet que c’est plus simple. Il y a quand même beaucoup moins de pente, du coup on va plus vite et les km défilent plus rapidement (c’est lent, très lent 7-8km h). On voit le sommet, P… c’est encore haut, ça me parait presque inatteignable mais quand je regarde ce qu’on vient de monter je me dis que ça va aller. Le paysage est extraordinaire. Je suis bien sur mon vélo je ne me fais plus dépasser et rattrape pas mal de monde, cool, je me sens bien. Les derniers hecto mètres sont à nouveau très pentus pas grave, je les passe facilement en danseuse et hop au pied de l’antenne on bascule. Il y a des camping-cars qui nous gênent en haut j’ai horreur de perdre du temps inutilement. Passe le grand plateau, petit pignon et go c’est parti pour la descente. Alors que j’ai crevé de chaud dans la partie plate me disant que j’avais gardé la veste sans manche pour rien. Finalement j’ai bien fait çà caille dans la descente. Là encore, ne pas perdre de temps. On voit bien que certains ne sont pas habitués à descendre. Un gars du coin (trifonction d’un club local) me double je prends sa roue. On double deux trois gars une voiture et go à fond !!! La descente est magnifique mais mon compteur annonce 90-91-92 km et je ne vois toujours pas l’arrivée. J’espère que je ne me suis pas planté de route, il n’y a personne autour de moi si ! Il y a des signaleurs, c’est bon j’arrive au mont serein, voit un replat P… il faut remettre le petit plateau, ce n’était pas prévu j’ai mal aux jambes, relance en danseuse ouf j’arrive au parc à vélo. Je ferai finalement le vélo en 4h20, 371ème temps.

Cool Julie est là je trouve mon emplacement m’assoit par terre sur le goudron pour enfiler mes chaussures. Dans la plaquette de présentation ils recommandent de prendre des chaussures de trail. Comme les miennes sont aussi légères que des chaussures de route (Adidas Riot des bombes pour des trails courts), je n’ai pas hésité. Il faut nouer les lacets (pas d’attaches rapides sur celles-là. Je me relève décide de ne pas prendre tous les gels prévus (ravitaillement isostar il y aura ce qu’il faut surement…) sauf un booster au cas où et go c’est parti, là je me rends compte qu’il faut remonter tout le parc à vélo super long (400m ?) et en montée coup de bol, mon vélo était en bas. Rien que pour çà s’il y a une prochaine fois, il faudra bien veiller à ne pas garder les chaussures de vélo aux pied et a les enlever sur le vélo. Plus facile de courir pieds nus qu’avec les chaussures vélo (j’ai roulé pieds nus).

4 Tours de 5 km à faire.

Je finis le troisième tour sans le sentir aller plus qu’un je continue à mon rythme, pas envie de me faire mal juste prendre plaisir. Je prends un dernier chouchou, la remontée vers la ligne est interminable j’entends le speaker dire qu’on est encore dans les 300 premiers. J’arrive à l’arche d’arrivée sur le tapis rouge. P…. Je l’ai fait ! Un gars me passe une médaille autour du cou. Je suis encore bien et lucide, mais une montée d’émotion me saisit. Je ressens un sentiment de bonheur jamais ressenti à l’arrivée d’une course. C’est top. Pour l’instant je savoure, l’Altriman ce n’est que dans un mois. Résultat : 290è en 7h00’ 19 sec sur 800 classés, 44è V2 sur 138 content !<